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Lowbrow Art : Aux origines cachées de la contre-culture et du graffiti

Lowbrow Art : Aux origines cachées de la contre-culture et du graffiti

Entre les ruelles de Los Angeles des années 60 et les murs tagués de New York dans les années 80, il y a un fil rouge invisible.

Ce fil, c'est le produit d'une rage créatrice brute, d'une rébellion pure et d'un refus total des règles. Pendant que dans les galeries d'art contemporain se trament vernissages guindés en costume-cravate autour de concepts minimalistes, un autre univers prend forme en parallèle. Où ça ? Dans les garages de la banlieue californienne. Ses pionniers ? Des kids rebelles, des bandes de skateurs et des passionnés de mécanique qui font exactement le contraire de ce que l'académisme exige.

Ce mouvement a un nom : le Lowbrow Art.

eyeball lowbrow sticker skate graffiti chrome drips 90s aesthetics

Sticker Chrome Drips design Lowbrow - Tribute à Santa Cruz
Charlotte Hellsten

1. C'est quoi le Lowbrow Art (au-delà des bouquins d'histoire de l'art) ?

Le Lowbrow Art, qu'on appelle aussi le Pop Surrealism, naît à LA à la fin des 60s. C'est un mouvement visuel underground, sauvage et fondamentalement populaire. 
Pas besoin d'un pass VIP ou d'un master en histoire de l'art pour le comprendre : il te chope direct par la rétine. Ses racines culturelles transpirent la rue : les comics underground bien trash, la musique punk, la Kustom Kulture (Hot Rods), le skate, le surf et.. le graffiti.

Le terme lui-même est né d'un gros doigt d'honneur ironique. En 1979, le peintre Robert Williams intitule son livre The Lowbrow Art of Robt. Williams. De l'autodérision pure, puisque les institutions officielles snobent complètement son travail.

Le Lowbrow est souvent considéré comme "moche", dérangeant, voire inapproprié. Mais le principal, c'est qu'il est là. Et personne ne peut rien y faire ; il faut juste l'accepter. Un peu comme la démarche des VON dans le graffiti.


The Lowbrow Art of Robert Williams

L'instant étymologique : le Lowbrow s'oppose radicalement au Highbrow (le clan des "gens cultivés", ceux qui lèvent le sourcil devant une toile avec un air supérieur). Williams a pris l'insulte, l'a retournée, et en a fait une médaille. Le nom est resté.

Le Lowbrow, c'est l'art d'une génération qui a grandi nourrie aux cartoons du samedi matin, aux films de monstres de série B, aux fanzines et aux pochettes de disques de punk DIY. Des artistes souvent autodidactes qui ont fait le choix conscient de piétiner les règles académiques pour créer un art viscéral, subversif et visuellement dingue.

2. Graffiti & Lowbrow : le même ADN, la même rébellion

Pour piger pourquoi ces deux mondes partagent les mêmes codes et se croisent, il faut revenir à leur point commun fondamental : le rejet viscéral des institutions.

L'art n'appartient pas aux musées poussiéreux, aux galeries snobs ou aux critiques en costard ; voilà la philosophie de base qui cimente le Lowbrow et le graffiti. L'art appartient à la rue, aux gens et au moment présent. Cela doit être du pur Do It Yourself (DIY), une culture indépendante, auto-publiée, auto-distribuée, construite par des mecs qui n'attendent la permission de personne pour poser leur trace. 
Shepard Fairey, alias OBEY, est d'ailleurs considéré par certains comme un artiste Lowbrow.

Quand les premières galeries alternatives (La Luz de Jesus à Los Angeles, ou encore la Psychedelic Solutions Gallery à New York) ont commencent à exposer ces artistes dans les 80s et 90s, la démarche est identique à celle des graffeurs qui squattent un terrain pour une Jam : contourner le système, imposer ses propres règles et créer ses propres espaces de légitimité.

En 1994, c'est le point de bascule. Robert Williams, Greg Escalante et Eric Swenson fondent le magazine Juxtapoz. Bâti sur cette esthétique californienne que l'on a tous connus (avec, par exemple, les fameux stickers de skate Santa Cruz) qui mélange art psychédélique, ride et graffiti, Juxtapoz devient rapidement la bible commune de toute cette scène underground. Aujourd'hui encore, le magazine est considéré comme LA référence absolue Lowbrow. Une tradition prolongée plus tard, en 2005, par le magazine Hi-Fructose, qui continue de lier l'illustration underground, le Pop Surrealism et la culture graffiti sous une même bannière.

3. Les figures mythiques : du garage au skatepark

Si le Lowbrow Art s'est maintenant infiltré partout, c'est grâce à une poignée de darons qui ont imposé leurs monstres et leurs lignes un peu crades à la culture populaire. Trois piliers incarnent parfaitement cette passerelle entre la culture custom, le skate et le graffiti.

Ed "Big Daddy" Roth : le daron des monstres et de la Kustom Kulture

Impossible de parler Lowbrow sans citer le roi du garage des années 50/60. Ed Roth, c'est celui qui a inventé Rat Fink - cette souris verte un peu dégueu aux yeux injectés de sang, qui conduit des hot-rods à toute berzingue.
✧ Pourquoi c'est important pour nous : À une époque où l'art officiel vénérait les lignes droites et le minimalisme chiant, Ed Roth vendait des t-shirts de monstres customisés dans les salons auto. C'était le début du DIY graphique. Il a prouvé qu'on pouvait vivre de son art sans jamais mettre les pieds dans une école de dessin. Un état d'esprit ultra proche des premiers writers.

Rat Fink par Ed Roth  sur son Hot Rod.
L'esprit Punk-DIY-Hot Rod at its finest

Jim Phillips : L'icône de la culture skate et du sticker.

Tu as forcément déja croisé le travail de Jim Philipps si tu as posé les yeux sur une planche de skate dans les années 80/90 - non, on n'est pas vieux. La fameuse Screaming Hand (cette main bleue hurlante avec une bouche au milieu de la paume), c'est lui, et pour cause : il est le directeur artistique légendaire de Santa Cruz Skateboards. C'est également lui qui a créé les graphismes cultes de la marque Independent. Et on le sait : là où il y a du skate, il y a du graff pas loin.
✧ Le lien avec le graffiti : Phillips a sorti le Lowbrow des sous-sols pour le placarder sous les pieds des skateurs, sur les murs de la ville via les premiers slaps (stickers) et un peu plus tard sur des t-shirts. Ses contours noirs ultra-épais, ses lettrages agressifs et ses couleurs saturées reprennent les mêmes codes graphiques que l'on retrouve sur un gros throwie ou sur des pièces couleurs en terrain vague.

screaming hand bleue de Jim Phillips

La plus que célèbre Screaming Hand
Jim Phillips

Juxtapoz : les couvertures qui consacrent la rue

Pour illustrer tout ça, il suffit de regarder les couvertures historiques du magazine Juxtapoz. En mettant en avant des artistes issus du graffiti aux côtés des monstres de Robert Williams ou des designs de Mike Giant (qui mélange tatouage, skate et lettrages graffiti purs), le magazine a brisé la frontière. Une couverture de Juxtapoz, c'était la preuve ultime que le graffiti et le Lowbrow partageaient le même trône underground.


Couvertures du magazine Juxtapoz, entre Graffiti et Lowbrow

 

Conclusion : la même rage, le même combat

Finalement, que l'on parle de Lowbrow Art ou de Graffiti, on parle de la même chose : une rébellion visuelle ainsi qu'une appropriation de l'espace. 

Ce sont deux noms différents pour désigner une même famille d'artistes. Des gens qui ont refusé d'attendre que des types en costard décident de leur légitimité d'artiste. Ils ont attrapé leurs pinceaux, leurs bombes et leurs feutres, et ils ont créé leur propre espace de liberté, que ce soit sur une carrosserie, une planche de skate, un toile ou un train.
Alors, la prochaine fois que tu sors ton blackbook ou que tu pars en session, souviens-toi du bel héritage que sont le Lowbrow et le graffiti, et rend-leur honneur. 

Chrome Drips Santa Cruz Lowbrow Tribute
Charlotte Hellsten
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